Sentier Chasse-Pêche
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Article sur la chasse

CHEVREUIL TECHNIQUE: Comprendre ses habitudes et les utiliser à son avantage

Complément rédactionnel à l’article LES SALINES : ATOUTS PRÉCIEUX DE STRATÉGIES DE CHASSE

CHEVREUIL TECHNIQUE: Comprendre ses habitudes et les utiliser à son avantage

Complément rédactionnel à l’article

LES SALINES : ATOUTS PRÉCIEUX

DE STRATÉGIES DE CHASSE

dans le magazine SENTIER CHASSE-PÊCHE du numéro

de mars 2019 présentement en kiosque

 

  









En début d’automne, la frénésie de la chasse au chevreuil s’empare de moi. Les scénarios se bousculent dans ma tête et j’ai bon espoir de récolter un mâle de bonne envergure. Au retour de la tournée de mes caméras de détection, les cartes SD sont introduites dans l’ordinateur et j’anticipe de voir des images de mâles matures visitant mon secteur de chasse.

Je visionne les images une à une, en scrutant attentivement les heures de passage et surtout les dates, mais à part une petite joie de temps en temps, elles suscitent surtout de la déception. Que sont donc devenus les mâles matures que je photographiais régulièrement de jour plus tôt en saison? Pourquoi leur comportement est-il devenu si irrégulier, et surtout, pourquoi apparaissent-ils seulement de nuit sur mes photos?...

Malheureusement, c’est là le genre d’histoire que plusieurs chasseurs de chevreuil vivent d’année en année en observent les images de leurs appareils de détection. L’incertitude gagne alors en force et incite plusieurs à chercher le produit miracle, la recette qui fera réapparaître le trophée convoité en période diurne. Les années et l’expérience sur le terrain m’ont appris une chose : ces recettes miraculeuses n’existent tout simplement pas!

Avant tout, il faut comprendre le comportement de notre chevreuil, analyser ses besoins en fonctions des saisons. Ce sont ces éléments clés qui permettront de mettre en place des stratégies de chasse plus efficaces et de maximiser les chances de récolte.

La fréquentation du territoire fluctue en fonction des saisons

Lorsque les chevreuils quittent les ravages hivernaux pour se rendre dans leurs habitats estivaux, ils peuvent parcourir de longues distances. Tôt au printemps, il arrive souvent qu’on puisse observer des attroupements anormaux de cerfs dans les champs. Ceux-ci profitent alors des premières repousses afin de refaire leur masse musculaire lourdement hypothéquée par le manque de nourriture diversifiée pendant la saison froide. Plus les hivers sont rigoureux et plus le taux de mortalité sera élevé. C’est pour ces raisons que, dès les premières lueurs du printemps, on remarque très souvent ce type de regroupements dans les champs.

Peu de temps après être sortis des ravages, les cerfs prennent la direction de leurs secteurs privilégiés et ils y seront du printemps jusqu’à l’automne. Mais afin de bien comprendre la dynamique qui entoure le milieu de vie du cerf de Virginie, il faut commencer par comprendre ce qu’est l’habitat vital d’un chevreuil. Cet espace couvre en moyenne un territoire de 1215 hectares (3000 acres), soit l’équivalent de 30 terres de 100 acres chacune. Pour bien saisir le sens de cet espace, je vous invite à regarder l’image de la photo  ci-dessous.

Mis à part ceux et celles qui ont accès à des clubs ou des territoires contrôlés qui permettent d’accéder à un vaste terrain de chasse, la superficie moyenne dont disposent les chasseurs est d’environ 100 acres chacun. Ceci représente une proportion plutôt minime dans un habitat vital de 3000 acres, et c’est sur cette référence que mes explications seront basées.

 

Le rectangle bleu sur cette photo représente le territoire moyen d’un mâle mature, d’une superficie de 3000 acres (plus de 1200 hectares ou approximativement 2 km sur 6 km). L’encadré rouge représente une terre de grandeur habituelle sur laquelle les chasseurs espèrent récolter un mâle mature, et il est facile de constater que seulement une petite partie du territoire du mâle est représentée par le terrain de chasse.

Les déplacements des cerfs

Pour assurer la pérennité de son espèce, le chevreuil ne reste que très peu de temps stationnaire. Il se déplace, s’arrête pour manger quelques végétaux et poursuit sa route. Même s’il reste de bonnes plantes fourragères à consommer, le cerf préfère poursuivre ses déplacements; il en va ainsi de sa survie! Ce phénomène est facilement observable en milieu agricole, mais sachez que le même processus se reproduit en milieu forestier.

La superficie couverte par les déplacements quotidiens des chevreuils est en moyenne équivalent à un secteur de 100 à 120 hectares (250 à 300 acres). Les territoires fréquentés par les biches sont moindres que ceux des mâles, et les mères accompagnées de leurs faons passent l’été à arpenter le même habitat, passant des sites nourriciers aux sites de repos, une routine qui se veut une sécurité pour les femelles et leur progéniture. Advenant le cas où les biches seraient séparées de leurs faons, ces derniers vont parcourir les mêmes sentiers qu’ils ont l’habitude de fréquenter avec leur mère, et ainsi la femelle et ses petits finiront par se retrouver.

Lorsque vient le point culminant de la période d’accouplement, devant l’insistance des mâles, les biches accélèrent la cadence de déplacements et quittent leur progéniture sur une période pouvant s’étendre jusqu’à 36 heures. Pour leur protection, les jeunes qui n’arrivent pas à suivre le rythme de déplacement de leur mère restent dans le secteur où ils ont vu le jour. Après cette escapade, les biches reviennent dans le secteur où leurs faons les attendent. Ceci explique en partie pourquoi vous observez une plus grande présence de femelles que de mâles matures sur vos caméras de détection.

 

Au printemps et durant l’été, les mâles locaux fréquentent des secteurs similaires à ceux des biches et de leurs jeunes. Ils ont eux aussi leurs routines de déplacement et ils sont prévisibles jusqu’à un certain point. Depuis la fonte des neiges, les mâles fréquentent les mêmes congénères, et sur le territoire habitable ils savent exactement où sont situés les lits des biches et les sites nourriciers, mais surtout, ils se reconnaissent tous par leurs odeurs. Cette routine est vraie du printemps jusqu’au début du mois de septembre. Les photos prises par vos caméras de détection vous le démontrent très bien d’ailleurs : vos chevreuils sont routiniers!

Changement de comportement des mâles

C’est à partir du début du mois de septembre que des changements hormonaux s’opèrent chez les mâles. Le déclenchement de la perte des velours coïncide avec le début des changements de leurs habitudes de vie. Leurs déplacements commencent à devenir de plus en plus erratiques, et ces comportements sont d’autant plus observables à l’approche du mois de novembre. C’est à ce moment que bien des chasseurs commencent à douter de leur approche.

Vous remarquerez que ce changement s’est opéré pratiquement dans la même période de temps que celle où vous avez commencé à appâter, ce qui en amène plus d’un à se questionner. Ai-je laissé des odeurs lors de la visite de mon secteur? Suis-je allé appâter à une heure qui perturbait la routine des chevreuils? Ils apparaissaient pourtant régulièrement de jour sur mes caméras. Que s’est-il passé?…

Je tiens à vous rassurer. Même si vous n’avez pas commis d’erreur, ce phénomène est naturel et s’observe chez l’ensemble des mâles matures. Ils ne deviennent pas exclusivement nocturnes, ils occupent leur temps à faire sentir leur présence sur un territoire plus large. Ce désir d’exploration est accentué par le besoin de reproduction. En quelque sorte, les mâles commencent à faire du temps supplémentaire, en parcourant un secteur plus large et en cherchant où sont les biches des aires environnantes, ainsi que leurs sites de repos et sites nourriciers.

Au fil de leurs tournées d’exploration, ils reviennent toujours dans leur secteur d’été. Cependant, le terrain parcouru durant leurs tournées extra territoriales s’agrandit au fur et à mesure que s’avance la saison automnale. Vous pouvez vous-même constater ce phénomène en observant les photos prises par vos caméras de détection. Remarquez qu’il peut se passer plusieurs jours avant que vous puissiez observer de nouveau vos mâles habituels.

Cependant, le phénomène inverse se produit aussi. Vous pouvez voir apparaître des chevreuils que vous n’aviez jamais capturés en images et qui viennent de secteurs avoisinant le vôtre. Voici un fait intéressant à connaître : le cerf de Virginie n’est pas un animal territorial. Les mâles vont se battre pour conserver le droit de s’accoupler avec les biches, mais ne défendront pas un territoire. C’est pour cela que l’on peut observer un va-et-vient de mâles dans un même secteur.

L’importance des grattages

À ceux et celles qui se demandent s’il existe un produit ou une méthode miraculeuse pouvant garder les mâles sur leur territoire, j’ai le regret de leur dire que non. Par contre, je peux vous faire part d’observations que j’ai pu faire avec les années et qui pourront vous aider à augmenter le potentiel de réussite de votre chasse. Il faut simplement apprendre à mieux connaître notre gibier pour arriver à le déjouer.

Les stations d’odeurs, communément appelées grattages, sont des points de rencontre où tous les chevreuils d’un secteur vont laisser leurs odeurs. Voyez cela comme si vous laissiez une carte de visite chaque fois que vous vous rendez à un point précis. Ce qu’il est important de savoir c’est que peu importe son rang dans la hiérarchie, chaque chevreuil qui passera dans le secteur visitera le grattage et y laissera de précieuses informations olfactives.

Ces grattages sont toujours réalisés le long des sentiers de déplacements utilisés par les biches, que les mâles fréquentent à leur tour lors de leurs tournées. Ils vont parfois y gratter le sol, pour ensuite laisser leurs odeurs sur les branches d’arbres qui surplombent le sol au-dessus du grattage. Ces branches se situent en général à une distance d’environ 1,5 à 2 m (5 à 6 1/2 pi) au-dessus du sol. Systématiquement, les chevreuils vont frotter leur tête dans ces branches, y déposant ainsi une mine d’informations pour leurs congénères.

Pour y déposer ces informations olfactives, les cerfs y frottent leurs glandes frontales (à la base du panache des mâles), leurs glandes nasales situées à la base du museau et leurs glandes pré-orbitales localisées dans la cavité interne de l’orbite des yeux. L’ensemble de ces informations olfactives et hormonales laissées sur les branches indiquent aux autres chevreuils qui ils sont.

 

Il y a aussi les glandes interdigitales situées sous les pattes antérieures des cerfs À chaque pas, ces dernières libèrent de fines gouttelettes en y laissant l’odeur individuelle de l’individu. C'est entre autres grâce à celles-ci qu'un mâle peut suivre une femelle, ou que cette dernière peut retracer son petit. Il est aussi important de savoir que les chevreuils n’urinent pas systématiquement dans les grattages. Mais ils laissent pratiquement toujours leurs odeurs sur les branches en surplomb.

  

Le mâle sur la photo de gauche utilise ses glandes nasales afin de laisser ses odeurs sur les branches surplombant un grattage. Sur la photo de droite, le mâle enchaîne en frottant ses glandes frontales sur les mêmes branches afin de compléter le message olfactif.

La découverte d’un tel grattage est un élément à enregistrer dans votre GPS. Pour ma part, chaque fois que j’en découvre un, je gratte le sol avec ma botte pour réactiver les odeurs et stimuler les chevreuils qui passeront par là; j’appelle cela «ouvrir» un grattage. Durant le pré-rut et le rut, les mâles s’en servent énormément pour stimuler l’ovulation des femelles. Ils y grattent le sol et urinent sur leurs glandes tarsiennes. Les femelles réceptives urinent à leur tour, fournissant elles aussi de précieuses informations.

Réalisation de faux grattages

Cette technique peut être pratiquée en toute saison. Pour ma part, j’aime les créer tôt, au printemps de préférence, pour que les chevreuils puissent y créer une habitude de visite et qu’avec la fréquence des allées et venues ce grattage devienne un véritable grattage primaire.

Utilisant la même approche que les chevreuils, je cherche à créer l’illusion que c’est un autre cerf qui l’a réalisé. Non loin d’un sentier de déplacements, je cherche un arbre avec branche en surplomb qui répond aux critères spécifiés plus haut. À l’aide d’un sécateur, je dégage les branches basses qui nuisent et par la suite je modifie la surface du sol en la grattant avec mes bottes. Les molécules de terres dégagées suffisent à attirer l’attention des chevreuils en créant un point d’intérêt et en les incitant à venir y marquer leur présence.

 

Réalisation d’un faux grattage

Nul besoin d’ajouter quelque artifice sur la branche en surplomb pour stimuler les chevreuils à y laisser leurs odeurs, car ce comportement est naturel et systématique. Les images ci-dessus représentent la scène globale typique sur laquelle il faut remarquer la hauteur de ces branches surplombantes. À chaque fois que je vais faire une tournée du secteur, j’en profite pour gratter de nouveau le sol et stimuler le grattage. Un grattage est comme le Tim Horton de la place; ça devient le point de rendez-vous pour échanger de l’information.

Exploitation des grattages et faux grattages

À l’approche du mois de novembre, l’apparition dans votre secteur de chasse des mâles matures se fait de façon plus erratique et souvent nocturne. Comment arriver à tromper leur vigilance? C’est ici que les efforts mis en œuvre vont commencer à porter fruit. Rappelez-vous que les mâles sont en déplacements et qu’ils font du temps supplémentaire pour agrandir leur territoire et ainsi augmenter leurs chances d’accoupler une femelle. C’est alors le temps de leur faire croire à l’arrivée d’un intrus dans leur secteur.

J’active le sol comme je l’ai toujours fait lorsque «j’ouvre» mes grattages, puis j’y verse quelques gouttes d’urine (pour ma part, je débute toujours avec de l’urine de mâle). Nul besoin d’en utiliser une grande quantité, quelques gouttes suffisent. Le lendemain, je refais la même routine, en y ajoutant cette fois-ci de l’urine de femelle; une stratégie de provocation vient d’être mise en place!

Lors de leurs tournées, les mâles reviennent toujours visiter leur territoire afin d’y visiter les grattages. Au moment où ils perçoivent une nouvelle odeur, deux options s’offrent à eux. La première est de poursuivre leur déplacement et la seconde est de rester dans le secteur afin de voir qui est le nouveau venu. Règle générale, la curiosité l’emporte et ils restent un moment avant de reprendre leur déplacement. Vous venez de briser leur routine à votre profit.

Il se peut que vous n’ayez pas eu le temps de préparer des faux grattages en début de saison, mais il est encore bon d’en réaliser au moment de la chasse. La seule différence entre un faux grattage réalisé tôt au printemps et celui réalisé en automne résidera dans l’achalandage, le premier risquant de devenir un grattage primaire. Afin de distinguer un grattage primaire, il suffit de remarquer l’état du sol abondamment gratté où il est possible de repérer les racines des arbres mises à nu.

Pour ma part, lorsque j’arrive dans mon secteur de chasse, et avant de prendre position, je vais toujours ouvrir quelques grattages secondaires qui seront dans mon champ de vision une fois dans mon mirador. Ceux-ci ne présentent aucune modification du secteur, uniquement une branche d’arbre surplombant le sol où j’aurai gratté. L’ajout d’urine est un atout, mais il n’est pas obligatoire d’en utiliser à chaque faux grattage. Rappelez-vous que le sol qui vient d’être perturbé dégage beaucoup d’odeur, et ce seul fait contribue à augmenter l’intérêt des chevreuils dans le secteur.

Comme leurres, j’utilise la plupart du temps des urines 100 % naturelles, sans agents de conservation, avec une préférence pour celles qui contiennent des hormones sexuelles naturelles. Quelques urines synthétiques sont également de très bonne qualité, avec une odeur qui ressemble à s’y méprendre à de l’urine naturelle.

Conclusion

En rédigeant cet article, j’avais pour objectif de démystifier certaines croyances qui surviennent à l’approche de la saison de chasse au chevreuil, notamment le mythe des mâles qui deviennent soudainement nocturnes. Je me suis longtemps questionné à ce propos et c’est en étudiant le mode de vie du cerf de Virginie et ses routines que j’ai compris qu’il élargissait son territoire et que c’est pour cette raison que ses déplacements devenaient imprévisibles.

Le chevreuil est une machine de survie, et c’est à nous de s’y adapter afin de mieux le déjouer. Il s’agit d’un animal qui me fascine énormément et l’observer pour comprendre ses habitudes est pour moi aussi passionnant que de le chasser. Cela fait plus de 15 ans que je chasse ce superbe gibier et chaque année je continue d’apprendre sur ses besoins, son comportement et son milieu de vie. Bien le connaitre n’est pas un gage de réussite absolue, mais c’est pour moi un gage de satisfaction.

Puisque la plupart des chasseurs ont accès à un territoire limité comparativement au territoire fréquenté par chaque chevreuil, l’utilisation de techniques de provocation simples mais qui ont fait leurs preuves, comme celle du faux grattage, constitueront des outils précieux pour arriver à déjouer une mâle mature. Ces techniques viendront en quelque sorte compléter votre propre stratégie de chasse.

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