Sentier Chasse-Pêche
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Article sur la chasse

Prescriptions pour perdrix farouches

Prescriptions pour perdrix farouches
Des moyens techniques pour arriver à récolter efficacement des gélinottes hors de portée des fusils et munitions standard.

Une gélinotte immobile à bonne distance présente une zone vitale de dimensions restreintes qui doit être atteinte par le plein centre du noyau d’une gerbe de grenaille bien concentrée.


Pendant deux décennies, j’ai chassé la gélinotte huppée avec un chien d’arrêt, mais mon dernier compagnon canin est maintenant parti chasser dans un autre royaume, et je dois revenir à mes habitudes de chasse d’antan. C’est en grande partie dans les réserves fauniques ainsi que certaines pourvoiries et zecs où on doit se rendre pour retrouver de grands espaces sauvages à chasser en toute tranquillité. Cependant, cette affluence de pratiquants a souvent pour effet de rendre les gélinottes plus méfiantes et plus enclines à prendre la poudre d’escampette hors de portée. Je fais donc maintenant des séjours de chasse dans des territoires où on retrouve souvent des situations de perdrix farouches de bordures de chemins forestiers auxquelles ont à faire face la plupart des chasseurs sans chien.

Après avoir entendu ce genre de récriminations à plusieurs reprises de la part de chasseurs, c’est la question de l’un d’eux qui m’a mis la puce à l’oreille. Celui-ci me demandait si je connaissais un type de fusil et une sorte de munitions qui puissent permettre des tirs efficaces à plus longue distance, et comme je lui ai répondu positivement dans les deux cas ceci a fait germer une idée d’article dans mon esprit.

Munitions et tubes d’étranglement spéciaux



Sur le canon inférieur du fusil superposé ci-haut est installé un tube d’étranglement modifié standard (resserrement de .018 po), et juste devant le canon supérieur se trouve un étranglement Rem Choke Turkey Extra-Full (.040 po). En dessous, de gauche à droite, on retrouve un étranglement Full standard (.035 po), un étranglement Super-Full (.065 po) et un étranglement Browning Invector-Plus Full Strut Turkey Extended Ported (.100 po). À gauche, un Rem Choke Extra-Full dans son emballage.


Il existe effectivement (pratiquement pour chaque marque de fusil) des tubes d’étranglement Extra ou Super Full Choke de type Turkey conçus pour concentrer une gerbe très dense de grenaille sur la tête et le cou d’un dindon à 40 verges (120-125 pieds) et même un peu plus, ainsi que des munitions permettant de garder cette gerbe très concentrée à longue distance, et ce dans les mêmes grosseurs de grenaille qu’on utilise pour chasser la gélinotte (la plupart du temps #5 ou 6)! Si on est capable de concentrer le noyau d’une telle gerbe de fusil sur les parties vitales de la tête et du haut du cou d’un dindon à de telles distances, on devrait être capable de placer un nombre suffisant de billes de cette même gerbe dans les zones vitales du corps d’une gélinotte aux mêmes distances. Vous me suivez?... Je me suis donc procuré un certain nombre de munitions de ce genre pour leur faire subir des essais comparatifs, comme on le verra plus loin.

Pour ce qui est des tubes d’étranglement de type Turkey, on en retrouve en versions spécifiques pour les différents fusils de marques populaires, par exemple chez Browning, Mossberg, Remington et Winchester. Bien sûr, il ne s’agit là que de quelques exemples et l’important est de garder en tête que, sauf dans des cas bien spécifiques, les tubes d’étranglement des différentes marques ne sont pas interchangeables et qu’il en existe deux principales versions : une première pour fusils à âme de canon de diamètre standard et une autre pour âme de canon surdimensionnée (back bored). La compagnie Briley (www.Briley.com) est la grande spécialiste de ce type d’accessoires et fabrique des tubes d’étranglement interchangeables de type Turkey Super Full pour la plupart des marques de fusils populaires. L’internet peut aussi constituer une grande aide pour trouver un tube d’étranglement adapté à notre marque et modèle de fusil.

Des «outils spéciaux»

Établissons dès le début que la discussion sur les étranglements interchangeables ainsi que sur les munitions spécialisées dont il est question ici ne porte que sur le calibre 12. Dépendamment de ce que vous pourrez trouver pour votre propre fusil, il ne faudrait quand même pas croire que la solution pour le tir de gélinottes à longue distance s’arrête là. Quelle que soit la combinaison de tube d’étranglement et de munitions, une simple variance de distance de tir de moins de 10 verges d’un coup à l’autre peut faire toute la différence. Un peu trop près et la cible pourrait être truffée de plombs, un peu trop loin et il se pourrait qu’aucune bille n’atteigne une zone vitale même si l’oiseau y laisse des plumes. Autrement dit, avec une munition donnée un étranglement donné prodigue la densité de gerbe souhaitable à une distance spécifique, à environ 5 verges en plus ou en moins, d’où la nécessité de mener ses propres tests de «patronage».

Pour cette raison, et comme même les gélinottes farouches ne se retrouvent pas toujours aux mêmes distances, un fusil à canons superposés serait à privilégier car il permettra d’utiliser deux étranglements différents, par exemple un modifié pour les tirs à distances moyennes et un Super Full pour les distances extrêmes. Le fusil à canons jumelés permettra aussi d’utiliser un type spécifique de cartouche dans le canon à étranglement plus ouvert et un autre type mieux adapté aux longues distances de tir dans le canon à étranglement plus serré.

De plus, un fusil dont la bande ventilée comporte un petit guidon central en plus du guidon terminal permettra d’effectuer une visée plus précise par une superposition visuelle des deux guidons, car il s’agit vraiment ici de visée et non de simple pointage. Dans ce contexte, l’idéal consiste vraiment à équiper le fusil en question de mires spéciales à fibres optiques, amovibles et ajustables, comme celles disponibles chez les compagnies Hi-Viz et Truglo. On retrouvera d’ailleurs dans la section vidéo de ce portail un complément télévisuel expliquant la façon d’installer un tel système de mires.

De la même manière qu’un chasseur de dindon cherche à obtenir un patron de grenaille le plus dense possible jusqu’à plus de 40 verges, le chasseur de gélinottes farouches devrait opter pour le même genre «d’outils» : une cartouche à charge assez lourde de plombs les moins déformables possible couplée à un étranglement qui concentre le plus possible la gerbe à longue distance! D’ailleurs, la zone vitale de la tête et du haut du cou d’un dindon n’est pas tellement différente de celle du corps d’une gélinotte à la même distance, et encore une fois pratiquement les mêmes grosseurs de grenaille sont utilisées.

Éléments de tests et procédure

À l’aide d’un fusil à canons superposés avec tubes d’étranglement interchangeables et bande ventilée portant doubles guidons, ainsi que d’un autre fusil doté d’un système de mires amovibles, en plus d’’un éventail de munitions choisies en fonction des critères mentionnés ci-dessus, j’ai donc mené toute une série de tests pour tâcher de déterminer l’efficacité potentielle de différentes combinaisons munition/étranglement aux différents distances.

Pour les tirs d’ajustement préliminaires, j’ai utilisé de grandes feuilles de papier blanc de 36 x 36 po au centre desquelles j’ai tracé une tache de référence de visée à l’aide d’un crayon marqueur. Après les tirs, j’ai mesuré précisément le centre des patrons sur les feuilles et j’y ai tracé une croix noire, ce qui m’a permis de constater que le point central d’impact du fusil sans mires était décentré vers la gauche et vers le haut et que, conséquemment, je devais ajuster mon angle d’alignement visuel des guidons pour obtenir une concordance parfaite. Dans le cas d’un fusil muni de mires, une fois bien ajustées ces dernières apportent une garantie supplémentaire de précision.

Cette simple vérification et la correction de visée qui en découle peuvent faire une énorme différence lors de tirs à longue distance où la petite cible que représente une gélinotte doit nécessairement être atteinte par le plein centre du noyau de la gerbe. Combien de fois ai-je entendu des chasseurs déplorer avoir «manqué» une perdrix de façon incompréhensible, même à distance moyenne, alors qu’en réalité l’oiseau a simplement été «encadré» dans une trouée de l’éparse et inconstante marge périphérique de la gerbe.

Des résultats révélateurs

Pour cette vérification, je me suis servi de cibles représentant une gélinotte en grandeur nature avec zones vitales délimitées. Les armes et les munitions ayant souvent des caprices particuliers, je ne peux garantir que mes résultats pourront être reproduits exactement avec vos propres accessoires (fusil, étranglements, munitions), mais je crois qu’ils pourront s’avérer de bons indicateurs de ce à quoi vous pourrez vous attendre avec des accessoires similaires. Cependant, il faudra y mettre du sien et faire l’effort de mener des tests réels de tir sur des cibles comme celle que je vous propose. Il faudra aussi tenir compte du fait qu’au tir au fusil il n’y a pas deux patrons exactement similaires d’un coup à l’autre, même avec les mêmes ingrédients, et c’est la raison pour laquelle il faut considérer la moyenne de points d’impact dans la zone vitale basée sur au moins 3 coups. Personnellement, je considère qu’il faut une moyenne d’au moins 3 impacts vitaux pour qu’une charge soit considérée efficace à une distance donnée.


Exemple de munitions de type Pheasant ou Turkey convenant bien au tir de gélinottes à longue distance avec grenaille numéro 5 ou 6.

Les munitions que j’ai utilisées étaient de la gamme Nitro Pheasant de Remington, en longueurs de 2 3/4 et 3 po et avec charges variant de 1 1/4 à 1 5/8 oz de billes #6, 5 et 4. Ces munitions comportent des billes de plomb durcies à l’antimoine et plaquées de cuivre, ce qui prévient la déformation par effet d’écrasement lors de la pression de mise à feu, la conservation de rondeur de ces billes contribuant à l’uniformité des patrons à longue distance. J’ai aussi des raisons de croire que le placage de cuivre réduit les risques de transfert de résidus de plomb dans les chairs du gibier.

Ma première surprise a été l’excellente performance de mon étranglement modifié avec la charge de 1 1/4 oz de billes #6. À 25 verges, il me faudrait probablement déporter légèrement ma visée au-dessus de la tête de l’oiseau pour éviter de lui loger un peu trop de plombs dans la poitrine, mais le nombre moyen d’impacts vitaux a été excellent de 28 jusqu’à 35 verges. En fait, curieusement la même charge utilisée avec l’étranglement Full (dont le resserrement est pourtant le double de celui du modifié) n’a guère amélioré les résultats. Caprices de préférences d’arme et de munitions, je suppose…

L’étranglement Extra-Full ne présente qu’un resserrement très légèrement supérieur au Full standard, mais probablement à cause de son fuselage allongé ses résultats ont été plus probants avec une bonne moyenne d’impacts vitaux jusqu’à un peu plus de 38 verges (ce qui représente quand même 115 pi). Encore une fois curieusement, en augmentant la charge à 1 3/8 oz en longueur de 3 po et toujours avec des billes #6 (ce qui représente près de 30 billes de plus dans la charge), mes résultats n’ont montré aucune amélioration du nombre d’impacts vitaux à la même distance de 38 verges.

Combinaison idéale… dans mon cas!


Exemple schématisé d’un résultat de tir sur cible animalière de taille réelle à la distance de 45 verges, avec un fusil superposé doté d’un étranglement Super-Full et une cartouche Rem. Nitro Pheasant de 3 po avec charge de 1 5/8 oz de billes #5; l’auteur estime qu’un tir efficace doit placer au moins 3 points d’impact dans la zone vitale.


C’est vraiment lorsque je suis passé à l’utilisation de l’étranglement Super-Full, aussi avec fuselage allongé et avec resserrement de près du double de celui d’un étranglement Full standard, que j’ai constaté l’efficacité de cette combinaison avec les charges de 1 3/8 oz de billes #6 pour le tir à longue distance. En effet, les moyennes d’impacts vitaux sur mes cibles de gélinotte ont démontré une efficacité potentielle jusqu’à près de 45 verges (135 pi), ce qui représente une distance assez impressionnante pour tirer une gélinotte.

Cependant, à de telles distances subsisterait dans mon esprit un doute sur la capacité de pénétration de ces petites billes #6, et c’est pourquoi j’ai complété par des tests de billes #5 et 4, non sans augmenter le poids de la charge pour y gagner en nombre de billes. En effet, la charge 1 5/8 oz de billes #5 compte encore 276 billes, soit seulement une trentaine de moins que celle de 1 3/8 oz de billes #6. Avec ces cartouches de 3 po contenant 1 5/8 oz de billes #5, il m’a semblé avoir trouvé la combinaison idéale avec l’étranglement Super-Full, puisque le nombre moyen d’impacts vitaux s’est avéré théoriquement suffisant jusqu’à une distance de – tenez-vous bien – 49 verges (tout près de 150 pi)!

Pendant ce temps, les résultats avec la même charge de 1 5/8 oz de billes #4 n’ont pas apporté d’amélioration du côté du nombre moyen d’impacts vitaux, les quelque 220 billes de la charge prodiguant un noyau de patron trop épars au-delà de 45 verges. Quant à la possibilité d’utiliser des charges de l’ordre de 1 7/8 ou 2 oz pour tenter de gagner quelque distance supplémentaire, il me semble que ça appartient plus au domaine du fusil chambré à 3 1/2 po et que ce serait un peu exagéré pour chasser la gélinotte; je n’ai pas voulu aller jusque là! Quoiqu’il en soit, je considère que les données obtenues avec les munitions à ma disposition sont déjà très révélatrices.

En conclusion

Ici, il faut bien garder en tête qu’une gerbe de grenaille de fusil ne montre pas une dispersion parfaitement constante d’un coup à l’autre à la même distance, mais plutôt une disposition de points d’impact aléatoire. Donc, établir une moyenne de points d’impact vitaux de 3 tirs sur une cible comme celle que je vous propose représente une méthode indicative, mais pas nécessairement répétitive à tous les coups. Conséquemment, même si le cas idéal précédent laissait voir d’excellentes possibilités d’efficacité jusqu’à 49 verges, je préfère considérer 45 verges comme une portée maximale plus réaliste. Cependant, il s’agit encore d’une très importante augmentation de portée efficace par rapport à ce que la moyenne des chasseurs de gélinotte ont toujours connu.

Finalement, comme les différences de distances de tir au fusil s’avèrent si importantes sur l’efficacité, j’ai pris la résolution de toujours avoir dans ma poche mon petit télémètre compact au laser pour confirmer ces distances. De plus, comme le petit instrument possède un pouvoir de rapprochement de 6x, il s’avère souvent bien utile pour confirmer l’identité d’une cible réelle ou d’éléments naturels éloignés qui ressemblent parfois à s’y méprendre à une gélinotte immobile.


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