Sentier Chasse-Pêche
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Article sur la chasse

Attaqué par un ours en callant l'orignal

Fait vécu qui s'est déroulé en 2009

Attaqué par un ours en callant l'orignal
À chaque fois que j’apprends qu’une personne s’est fait attaquer par un ours et qu’elle est décédée de ses blessures, je me demande comment j’aurais réagi en pareille occasion. Lundi matin, j’ai eu réponses à mes interrogations mais j’ai aussi réalisé à quel point j’ai été chanceux d’être en situation de chasse lors de cet incident. Je vous raconte.

Je chasse présentement l’orignal à l’arbalète en Gaspésie et les signes confirmant la présence d’ours dans notre secteur sont nombreux. Ayant découvert une souille fraîche d’orignal, j’ai décidé d’amorcer une séance d’appel directement à cette souille. Il ventait passablement mais l’appel portait suffisamment si je faisais attention de caller entre deux bourrasques de vent. Malgré le vent et la pluie, le mâle nous a répondu à quelques reprises et le défi semblait partie pour être intéressant. Soudainement, mon ami Simon et moi entendons un léger craquement derrière nous à environ 150 pieds. Le bruit provient de petits sapins d’environ 7 pieds de hauteur. Tous nos sens sont en alerte mais nous sommes perplexes car cette bête avance silencieusement vers nous et aucun son d’orignal ne peut venir nous confirmer l’identité de l’animal qui s’en vient à notre rencontre. La bête est maintenant à une cinquantaine de pieds de nous mais la forêt est trop dense pour qu’on puisse la voir. Soudainement, l’animal se met à courir en notre direction. Simon voit une tache foncée passer à travers les sapins et sur le coup, il pense que c’est un veau orignal qui vient rejoindre la femelle orignal qu’on imite depuis une bonne trentaine de minutes. Nos regards fixent l’endroit où devrait sortir l’animal et à notre grande surprise c’est un ours qui avance à la vitesse de l’éclair droit sur nous. Notre arbalète et notre arc sont aussitôt pointés sur l’ours qui est rendu à peine à 15 pieds de nous. Celui-ci semble tout aussi surpris que nous de voir 2 chasseurs aussi près de lui. Cette attaque planifiée de sa part visait bel et bien un orignal. C’est un fait, les ours se gavent généralement en période estivale de fruits et cet été, ce fut une saison très pauvre de ce côté. Résultat, les ours sont très affamés et ils s’attaquent à tout ce qu’ils peuvent. C’est simplement une question de survie pour eux. Nous ne le quittons pas des yeux. Malgré que nous puissions décocher 2 flèches sur l’animal, nous décidons de lui donner la chance de battre en retraite. Soudainement, il décide de faire deux pas rapidement vers nous en grognant. Si nous ne lui tenons pas tête, il nous attaquera assurément. Une fuite rapide de notre part jumelée à une chute et l’animal serait déjà sur l’un de nous. Je décide alors de lui parler en haussant la voix sans faire de mouvement brusque et en le regardant droit dans les yeux. Je m’entends encore lui dire : Toi, sacre ton camp d’ici. Tu viendras pas nous écoeurer pendant qu’on chasse l’orignal. Ne sachant trop quoi faire, l’ours bat en retraite et se sauve en claquant des dents, probablement insulté d’avoir perdu un repas potentiel.

Au début de ce récit, je dis que j’ai été chanceux que cette mésaventure survienne en situation de chasse. C’est que je ne sais pas si ma réaction aurait été identique si je n’avais pas eu d’arme ou si j’avais été seul lors de l’attaque. De plus, nous pouvons aussi nous considérer chanceux d’avoir été aux aguets du moindre bruit car l’arrivée de l’ours vers nous était en fait à peine perceptible pour quelqu’un n’étant pas à l’écoute des moindres bruits et gestes.

Je me mets aussi à penser que si j’avais été seul, la progression de cet ours vers moi aurait pu m’échapper et qu’il aurait pu m’attaquer de dos sans que je n’aie le temps de faire quoi que ce soit. Je me suis posé aussi une autre question quant à cette attaque. Est-ce que les ours peuvent tenter d’attaquer une femelle orignal lorsqu’elle est en train de se rouler dans une souille ou lorsqu’elle est couchée dans la souille et qu’elle appelle sans cesse le mâle. En y pensant bien, elle devient une cible facile pour un ours car elle n’est pas debout et l’ours peut viser le coup assez facilement. À moins que l’ours espérait que cette femelle soit accompagnée d’un veau un peu délaissée par cette dernière et automatiquement presque sans défense. Quelle que soit la cible visée par cet ours, cet animal venait s’attaquer à une proie qui aurait pu s’avérer moi ou mon compagnon de chasse. L’expérience fut assez saisissante et malgré qu’aucun de nous deux n’ait eu le moindrement peur, j’en garde un souvenir impérissable et je me méfie maintenant de la présence de cet animal en callant l’orignal, ce qui ne fut jamais le cas auparavant. En discutant avec des chasseurs arpentant des territoires voisins du nôtre, je me suis rendu compte qu’un certain nombre de chasseurs connaissent des mésaventures avec des ours en chassant l’orignal. Avec une densité importante d’ours, ne serait-il pas le temps de permettre à nouveau une chasse automnale de cet animal dans des zones où ces bêtes semblent fort nombreuses?

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