Sentier Chasse-Pêche
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Article sur la chasse

Sites, installations, appâts et leurres 1- Micro appâtage et odeurs

Sites, installations, appâts et leurres 1- Micro appâtage et odeurs


Dans ce premier volet, l’auteur explique comment réussir à attirer rapidement plusieurs ours à différents petits sites d’appâtage temporaires dans le but de déterminer lesquels mériteront une installation permanente.


Tout d’abord, il faut savoir que l’ours hiverne tout l’hiver durant, soit de quatre à cinq mois environ, mais il n’hiberne pas. On différencie l’hibernation de l’hivernation selon l’état de vigilance, la température corporelle et le métabolisme de l’espèce animale. Hiberner peut être décrit comme passer l’hiver en état d’hypothermie; l’animal se trouve alors dans une léthargie avancée, son rythme cardiaque, son flux sanguin et sa respiration baissent de façon prononcée, et sa température corporelle peut descendre jusqu’à 0 ºC.
L’hivernation, quant à elle, est plutôt décrite comme une façon de passer l’hiver à l’abri. L’animal somnole, mais peut se réveiller; sa température corporelle descend de quelques degrés, et dans le cas de l’ours, les femelles peuvent même donner naissance à des rejetons au cours de cette période. Avant d’entreprendre sa période d’hivernation, l’ours s’est constitué assez de réserves de graisse pour tenir tout l’hiver. Son tube digestif est alors vide, colmaté par un bouchon constitué de cellules épithéliales de sa paroi intestinale, ainsi que des poils que l’ours a ingéré en faisant sa toilette. Ce bouchon sert à empêcher l’ours de faire ses besoins pendant la période d’hivernation, et pendant cette période l’animal peut perdre entre 30 % et 35 % de son poids corporel automnal.
Au début du printemps, lorsque l’ours se réveille, il ne mange pas à cause de ce «bouchon» intestinal qui s’est formé dans son tube digestif durant son hivernation et qui est toujours en place. L’animal ne se nourrira qu’une fois qu’il s’en sera débarrassé. Pour y arriver, il doit ingérer différentes plantes et bourgeons qui agissent comme laxatifs et lui permettent d’évacuer le bouchon, d’où l’expression «se purger l’estomac».

Voilà pourquoi les ours peuvent s’intéresser à nos appâts en début de saison sans les manger. Dépendamment du secteur où vous vous trouvez, ils ne commencent généralement à y venir régulièrement et à s’en nourrir que vers la fin du mois de mai. Plus on est au sud, plus c’est tôt, et plus on monte au nord, plus c’est tard. Donc, pas de panique s’il n’y a pas d’action à vos sites appâtés tôt en saison; les ours n’ont probablement pas encore évacué leur bouchon!


Il faut également savoir que lorsqu’une femelle et ses petits visitent régulièrement notre site au printemps, il est fort probable qu’elle y revienne l’année suivante, lorsqu’elle sera en chaleur. Comme l’ourse met bas tous les deux ans, elle risque de se faire courtiser par un mâle dominant au printemps suivant, ce que recherche le chasseur désirant un trophée. Bref, le chasseur voyant régulièrement une femelle et ses oursons sur les images de ses caméras devrait prendre son mal en patience, et prendre soin de son site de chasse en attendant la saison suivante.

Un bon habitat comme site de chasse

En premier lieu, il faut rechercher ce dont l’ours aura besoin en début de saison. Comme mentionné précédemment, l’animal devra se purger pour évacuer le bouchon de son tube digestif. On doit donc commencer les installations de chasse aux endroits où le type de végétation laxative mentionnée poussera en premier, donc là où il y a des peupliers, saules, trembles et faux trembles. Les étangs sont également tout indiqués, particulièrement ceux où il y a présence de castors, car un grand nombre de ces végétaux y poussent au printemps.



Ces étangs sont généralement alimentés par un ruisseau, un autre bon lieu à préconiser. Les anciens chemins forestiers qui ne servent plus et se referment sont aussi très propices à la présence d’ours. Le petit gazon, le plantain et les pissenlits, ainsi que les essences de jeunes arbres feuillus ayant généralement poussé en bordure, constituent des emplacements où les bourgeons et les plantes sont abondants et accessibles. Comme tout gibier, l’ours se nourrit en se déplaçant et il a donc avantage à s’y arrêter.

Ensuite, on doit s’attarder à l’environnement privilégié par un ours mature. Celui-ci inclut tout ce qui est décrit plus haut, sans oublier l’itinéraire de déplacement de l’animal. Imaginez une journée chaude d’été où vous devez marcher avec l’équivalent d’un habit de motoneige sur le dos, ce qui est l’équivalent de la situation du mâle adulte. Un trajet dans un milieu frais et ombragé par les conifères matures sera évidemment priorisé. Les coulées entre les montagnes, où le sol est humide et propice aux cèdres et autres conifères, constituent également des emplacements de choix, car il s’agit littéralement de sites à «air climatisé» naturel pour l’ours.


Bien souvent, des ruisseaux courent dans ces coulées et se déversent dans des étangs ou de petits lacs, des sites qui réunissent précisément tous les éléments propices à la présence d’ours. De plus, on ne doit pas négliger les territoires où d’anciennes coupes forestières ont été pratiquées, ainsi que les endroits décimés par le feu. Ils constituent des terreaux fertiles pour la pousse d’arbres à petits fruits et d’essences de feuillus. Il serait avisé d’y installer un microsite d’appâtage en bordure d’un boisé parsemé de conifères.
Pour ma part, j’aime bien utiliser un logiciel de géolocalisation, tel que Google Earth, afin de visualiser toute l’étendue d’un territoire et de cerner le meilleur endroit où chasser, soit le site qui maximisera mes chances de récolter un ours. Je préconise les lieux près d’un petit cours d’eau qui offrent beaucoup d’ombre une fois le soleil levé. Après avoir mangé l’appât sucré, l’ours voudra probablement aller se désaltérer au ruisseau.

Micro appâtage

Le genre de questions que les chasseurs me posent le plus souvent porte surtout sur les raisons pour lesquelles ils n’ont plus de visites d’ours, pourquoi leur baril n’a pas été touché, etc. À ces chasseurs désemparés, je tente de vendre mon concept de l’importance que représente le choix de l’environnement du site et du microsite, tout comme celui des appâts, de l’emplacement et du positionnement du baril.
Tout d’abord, l’idéal pour optimiser nos chances d’attirer l’animal est de créer plusieurs microsites d’appâtage sur un vaste territoire. Pour ma part, je commence en préparant de 8 à 10 microsites, pour pouvoir ensuite sélectionner ceux qui seront les plus fréquentés. Je choisis ces microsites en fonction des couloirs naturels où l’ours est le plus susceptible de passer. Si je constate qu’un site présente des traces d’ours et que la chaudière d’appâtage primaire a été touchée, je recommence à ré-appâter. Si l’animal y retourne, c’est seulement à ce moment que je sélectionne le site pour y chasser et que j’y installe mon baril. Sur ma dizaine de microsites, une moyenne de 6 à 7 d’entre eux seront actifs.

«Bombe d’odeurs» et leurres olfactifs


Comme l’odorat de l’ours est très développé, en tant que chasseur on doit se servir de ce fait pour l’attirer sur notre site. Si une forte odeur s’en dégage, l’animal viendra le visiter par curiosité, même s’il est en purge, car il saura où trouver de la nourriture une fois sa purge terminée.


Personnellement, je profite de l’hiver pour trapper le castor et pratiquer la pêche sur glace, et j’accumule ainsi poissons et gibiers pour ma «bombe d’odeurs» et mes appâts. Pour ceux qui ne pêchent pas, l’idéal est de se présenter sur les sites de pêche aux petits poissons des chenaux (ou toute autre espèce de poisson huileux), de visiter les cabanes et demander aux pêcheurs si l’on peut récupérer leurs restants.

Pour ma bombe d’odeurs, j’aime bien utiliser un gros contenant de protéines en poudre que je remplis à moitié de poissons. J’enroule ensuite une corde autour du «collet» du contenant en laissant une bonne longueur de 18 à 20 po (38 à 50 cm) afin de pouvoir le suspendre à un arbre à une hauteur de 8 à 15 pi (2,5 à 4,5 m). Je prépare mes bombes d’odeurs vers la mi-avril pour leur laisser un mois de putréfaction. Lorsque arrive le temps de suspendre le contenant, j’y perce plusieurs petits trous dans le fond pour que le liquide s’écoule. Attention à ce que ça ne coule pas sur vous, sinon vos copains au chalet vous feront passer la nuit dehors!


Pour fabriquer mes leurres olfactifs, je vais d’abord à la pharmacie acheter une grosse bouteille (environ 600 ml) d’huile minérale, et une boîte de tampons hygiéniques pour dames, biodégradables idéalement. Je vais ensuite à l’épicerie me procurer 1 litre d’extrait de vanille et de l’huile d’anis pure. Si vous ne trouvez pas cette dernière au marché, commandez-la sur internet.


L’auteur préparant leurres olfactifs, bombes d’odeurs et nourriture pour le ravitaillement d’un de ses microsites d’appâtage.


Une fois tous les ingrédients rassemblés, déposez tous les tampons dans un gros pot Masson, remplissez la moitié du pot d’huile minérale, le quart d’huile d’anis, puis le quart restant d’extrait de vanille. Mélangez le tout, fermez le pot et laissez macérer pendant une bonne semaine. L’huile fera en sorte que le leurre gardera son efficacité et sera plus durable, même à la pluie.


Je répète la même recette une deuxième fois, mais sans les tampons cette fois, en mettant le produit final dans un contenant pulvérisateur. Je m’en servirai pour asperger mon site au complet, tandis que mes tampons serviront à créer des lignes d’odeurs.

Préparation du microsite

Pour la préparation de mon microsite, j’utilise deux chaudières de cinq gallons. Dans la première, je mets l’appât le plus dur, et dans la seconde l’appât le plus sucré et le plus mou. Pour cette dernière, il peut s’agir de pâtisseries ou de toute autre denrée tendre et sucrée. Sur chaque poignée de chaudière, j’attache une broche qui servira à l’accrocher aux arbres.



Arrivé au microsite, je commence par visualiser l’endroit où je vais pouvoir installer le mirador par rapport aux appâts. Pour disposer ces derniers, je choisis généralement un espace étroit entre deux arbres qui s’ouvre en directions nord-sud afin de pouvoir chasser face au vent dominant de l’ouest. Si ce n’est pas possible, ça pourra alors devenir un site pour chasser face à un vent nord-ouest, d’où l’importance de disposer de plusieurs microsites.
Je coupe deux rondins de bois que j’installe en parallèle de chaque côté des deux arbres, à une hauteur de 4 ou 5 pi (1,2 à 1,5 m) pour ensuite y déposer la chaudière contenant l’appât dur en position couchée. Quant à la seconde chaudière, je la dépose debout au sol, avec le couvercle déposé sur le dessus pour protéger le contenu de la pluie. J’attache ensuite les chaudières aux arbres grâce aux broches fixées aux poignées. Si un ours visite vos appâts, vous comprendrez vite l’utilité de les accrocher aux arbres!

Pour ma bombe d’odeurs, j’essaie de trouver un petit arbre de bois franc d’environ 15 pi (4,5 m) de longueur que je couche pour accrocher ma bombe d’odeurs au bout, et ensuite je le laisse se redresser, le but étant de disperser l’odeur dans l’air autant que possible. Si un tel petit arbre n’est pas disponible, j’accroche ma bombe à 8 ou 10 pi (2,5 à 3 m) au-dessus de mes appâts. À l’aide de caméras de détection, on saura tôt ou tard à quel genre de spécimens d’ours on a affaire une femelle et ses petits, un jeune ours ou le genre de gros mâle convoité.


Pour préparer l’endroit en laissant le moins de traces humaines possible, l’idéal est de porter des gants, qu’ils soient en latex ou autrement. J’en utilise une paire pour installer les billots, préparer les appâts, la bombe d’odeurs, les leurres olfactifs et les mettre en place, et une autre pour installer la caméra de détection. Personnellement, j’adore la sensation que me procure le fait d’arriver sur mon microsite et de m’apercevoir qu’un ours a saccagé mes chaudières et ma bombe d’odeurs…


L’auteur avec un ours trophée croqué en photo le lendemain de sa récolte.
(Le deuxième volet complémentaire de cet article, portant sur la préparation des appâts et sur l’installation de chasse, paraît dans numéro de Juin-Juillet du magazine Sentier CHASSE-PÊCHE présentement en kiosque)

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